Annonce spéciale
Écrit par Administrateur   
03-07-2008
Jeudi 3 juillet 2008
 
On lit dans Le Point d'aujourd'hui 3 juillet un article de Jacques-Alain Miller intitulé Polémique : mort aux psys ?
à propos de la parution annoncée du décret d'application de l'artice 52 de la loi du 9 août 2006
sur le titre de psychothérapeute.
 
Faisant apparaître la volonté d'aucuns de donner naissance au techno-psy, et d'en finir avec les psys,
il en appelle à Roselyne Bachelot, Valérie Pécresse et à la French First Lady. A lire absolument (ci-dessous).
 
Jean-François Cottes


 
 
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Dernière mise à jour : ( 03-07-2008 )
 
Instantanés N°268
Écrit par Administrateur   
19-06-2008
Samedi auront lieu les deux derniers meetings de l’impressionnante série ouverte en mars par Dijon et qui se sont inscrits dans la suite du Meeting des 9 et 10 février derniers (voir les précédents Instantanés):

A Clermont-Ferrand,
sous le titre : Contre l’évaluation. Gabriel Chantelauze, responsable du collectif de Corrèze, secrétaire de l’InterCoPsychos, y interviendra sur la question des stages des étudiants en psychologie, j’y interviendrai aussi. Mme Francine Pariente qui a dirigé l’Institut de psychologie appliquée dont nous avons pu lire l’interview dans le précédent numéro du Nouvel Ane interviendra aussi, de même qu’Analie Pourtier qui est étudiante en psychologie.

A Vannes, sous le titre “Évaluer, réformer, contrôler, rentabiliser : Des nouvelles règles pour la société ?” Notre collègue Marc Blécon, responsable du collectif de en est un des organisateurs.

Vous lirez ci-dessous des informations à propos de ces meetings.

Cette série de Meetings va faire date. Elle enracine profondément une culture de la vigilance et de la résistance à l’évaluation quantitative. Elle fait apparaître la logique de l’évaluation, ses conséquences ravageantes sur les pratiques, les nombreuses atteintes qu’elle porte aux libertés. Mais aussi elle donne à entendre des témoignages sur un savoir-y-faire avec ce discours évaluateur, les trouvailles de chacun pour en désactiver la charge nocive, les succès remportés pour en limiter le champ.

Il s’agit aujourd’hui de modérer les ardeurs évaluatrices des nouvelles bureaucraties, et de ménager des creux, des vacuoles, dans lesquels le discours évaluationniste ne pénètre pas. Il s’agit de préserver l’espace intime, de garantir les conditions des pratiques qui le reconnaissent.

Dans ce combat les psychologues ont toute leur place, et c’est pourquoi l’InterCoPsychos et les collectifs qui s’y rassemblent y ont pris et y prennent toute leur place. Il est de la responsabilité des psychologues, et de leurs organisations, de prendre la mesure de l’enjeu de leur intervention dans la Cité.

Jean-François Cottes


 

Contre l’évaluation

 

samedi 21 juin 2008 à 14h00

au  Corum Saint Jean-Jean, Salle Comedia,
17, rue Gaultier de Biauzat, 63000 Clermont-Ferrand.

 

Programme


14H – 15H 15
  • Gérard Guieze, Professeur de Philosophie.
  • Francine Pariente, Psychologue, ancienne directrice de l’Institut de Psychologie appliquée de Clermont-Ferrand
  • Gabriel Chantelauze, Psychologue
  • Analie Pourtier, étudiante en psychologie

 15H15 – 16H30

  • Elisabeth Sanselme Cardenas, Médecin gynécologue
  • Marie Fortuné, sage femme enseignante
  • Pierre Bosson, Psychiatre
  • Jean-Robert Rabanel, Psychiatre
16H30 – 17H 45
  • Jean-François Cottes, Psychologue, Président d’Intercopsychos
  • Danielle Hafner, Enseignante
  • Gérard Darnaugguilhem, orthophoniste
  • Dominique Machabert, Ecrivain, journaliste
17H 45 – 19H00

  • Catherine Ramon, Magistrat, Membre du Syndicat de la Magistrature
  • Michel Héraud, Educateur spécialisé
  • Solène Arnal, étudiante en travail social
  • Martine Jarrige, Assistante sociale
  • Claudine Valette, enseignante à l’ITSRA


 

ÉVALUER, RÉFORMER, CONTRÔLER, RENTABILISER.

DES NOUVELLES REGLES POUR LA SOCIÉTÉ ?

QUE DEVIENNENT POPULATIONS ET PROFESSIONNELS ?


Vannes, samedi 21 juin, 13h30 à 17h00

 

La culture de l'évaluation et ses méthodes nous promettent le bonheur, la Qualité, l'amélioration des services, l'efficacité dans le travail, la satisfaction de l'usager ; mais dans les faits elle met en place pour tous une offre uniforme, un contrôle permanent et infini des pratiques, un monde où l'humain n'est appréhendé que par le chiffrage de ses actes, de son corps et de sa pensée.

Élaborée à l'origine pour le rendement industriel, elle s'étend aujourd'hui à tous les secteurs de la société et à l'ensemble des services publics, de la santé, de la justice, de l'éducation, de l'art.

Introduite et portée par une vague de réformes depuis une vingtaine d'années, elle cherche à s'imposer comme une idéologie dominante du XXI ° siècle. Elle ne passe pas par la concertation et le débat démocratique, mais se déploie par exemple sous forme de questionnaires,  de fiches métiers, d'enquêtes de satisfaction, de protocoles ad hoc, et de directives inapplicables aux effets souvent délétères.

L'évaluation amène le contrôle, elle gomme l'histoire, les références sociales, culturelles, professionnelles, pour faire de chacun un bon exécutant. Celui-ci a pour partenaire l'homme machine, nouvel idéal des théories cognitivistes.

Mais que constatons-nous ?

  • L'évaluation n'est pas un outil de gestion ou de management (ni individuel, ni collectif), ce qu'elle produit et instaure, ce sont des pratiques   sur ordonnance, routinières, dictées par des critères arbitraires. Au final, elle n'est pas si rentable.
  • Elle est coûteuse, fastidieuse, infinie, inefficace, contraignante ; elle ampute la responsabilité et l'autonomie professionnelle.
  • Elle installe la bêtise, déjà par sa langue, le stress au travail, l'abolition des libertés.

Ni les citoyens, ni les professions, ni la société ne trouvent une solution à leurs problèmes dans ces procédures qui alourdissent la charge  de travail, paralysent la créativité, limitent la richesse des métiers à de la comptabilité.

 Les mouvements sociaux en sont le premier témoin, partout des voix s'élèvent pour dire le leurre et les dangers de ces nouvelles utopies autoritaires.

Dans la progression des FORUM DES PSYS organisés par Jacques-Alain Miller à Paris, un grand meeting est organisé à Vannes.

Il réunira des citoyens et des professionnels de différents horizons, concernés par l'évaluation, pour en parler et en débattre.
 
Marc Blécon, David Oger.

 
Instantanés N°267
Écrit par Administrateur   
16-06-2008
Myriam Mitelman rend compte du Meeting de Strasbourg. Les interventions sont à lire à l’adresse : www.psychanalyse67.com .

Jean-Paul Guillemoles nous donne à lire son intervention lors du Meeting de Montpellier. Il fait le point sur les débats et enjeux qui traversent les psychologues.

Tous deux sont membres du Bureau d’InterCoPsychos.

D’autres meetings sont à venir, des nouvelles dans les jours qui viennent.

Jean-François Cottes
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Meeting de Strasbourg

La psychanalyse menacée à l’Université :
Demain, qui seront nos psys ?

Par Myriam Mitelman
Du collectif de Strasbourg

Le meeting de Strasbourg, organisé conjointement par InterCoPsychos, les Psychologues Freudiens, l’ECF, l’ACF-Est, la Section Clinique de Strasbourg, le Collège psychanalytique de l’Est, prit le tour d’une rencontre-débat qui se déroula le Samedi 7 Juin dans la prestigieuse salle Pasteur du Palais Universitaire de Strasbourg.

Le titre de la manifestation avait attiré un public nombreux, attentif, très concerné souvent professionnellement mais aussi personnellement par l’avenir de la psychanalyse, comme nous l’indiquèrent les questions qui émaillèrent le débat.

Dix-neuf intervenants de toute la région Est (Nancy, Metz, Strasbourg) se succédèrent à la tribune : étudiants en psychologie, professeurs à l’Université, enseignants de la Section Clinique, chargés de cours, enseignants responsables du DES de psychiatrie, formateurs, apportant autant d’éclairages sur ce que signifie dispenser et recevoir  un  enseignement de psychanalyse. La diversité des champs d’intervention de nos dix-neuf orateurs contribua à mettre en évidence la présence et l’impact de la psychanalyse dans le tissu social,  ce qui fut confirmé par plusieurs interventions du public issu des milieux socio-éducatif et de la  justice.

Au fil de l’après-midi, notre rencontre se transforma en véritable débat de fond : comment  s’enseigne la psychanalyse, discipline relevant à la fois de la science et de l’art, du savoir et de l’innovation ? Quel savoir au  juste met-on en circulation dans un tel enseignement, quelle est sa nature ?  Si l’enseignement de la psychanalyse s’effectue principalement dans les facultés de psychologie,  ne convient-il pas de recourir à des champs conceptuels plus complexes pour  rendre compte de cette transmission?

 La densité des échanges fut telle que personne ne songea même à proposer une pause. Notre conférence-débat, qui devait s’achever à 17h, était en plein cours lorsqu’à 18h le personnel du Palais Universitaire nous fit savoir que les portes fermaient.

Si bien que nous envisageons de reprendre et de poursuivre ultérieurement les perspectives ouvertes lors de cette après-midi.

Pour l’heure, toute personne intéressée peut prendre connaissance des interventions mises en ligne sur le site www.psychanalyse67.com

Intervention au Forum


Par Jean-Paul Guillemoles
Du Collectif de Montpellier

InterCoPsychos, dont je vais dire quelques mots maintenant, agit en concertation avec l’association des psychologues freudiens.

Il rassemble des collectifs de psychologues (une quarantaine) qui se sont constitués en France en réaction à l'amendement Accoyer. Cet amendement  prévoyait une réglementation de la formation et du statut des psychothérapeutes, orientée vers une pratique encadrée au point que cela pouvait à terme porter également atteinte à l’exercice de la psychanalyse. Cela en constituant une première mise au pas des psychothérapies fondées sur les découvertes freudiennes.

Plus généralement, son intervention se fait à propos des décisions et des textes qui peuvent entraver une pratique des psychologues, respectueuse de la dimension de sujet, ainsi que par rapport à des questions de société. Plus spécialement lorsque se manifestent des risques d’assujettissement, et d’effraction de l’intime (la pétition pas de 0 de conduite, la télévision pour les tout petits, etc…).

InterCoPsychos est membre de la Coordination psy qui rassemble les différents praticiens intervenant auprès de sujets en souffrance psychique : psychiatres, psychologues psychothérapeutes, analystes.

Outre l’opposition à l’amendement Accoyer, qui a été retiré depuis, (mais on attend encore les décrets d’application de l’article 52) ; dès le début IntercCoPsychos  s’est élevé  contre le Plan Cléry-Melin de réorganisation de la psychiatrie qui, à partir de quelques bonnes questions donnait de mauvaises réponses. Ces réponses allant dans le sens d’une administration bureaucratique du soin, et donc d’une méconnaissance affichée de ce qui dans la souffrance psychique témoigne d’une autre scène.

« Depuis le début du XXIe siècle, la bureaucratie a décidé que la santé mentale des populations relevait de ses attributions » déclarait récemment J-A Miller dans Libération.

Voici pour illustrer cela quelques morceaux choisis de ce rapport Cléry-Melin qui concernent l’exercice de la psychothérapie par les psychologues:

«  Les critères de description de ces actes (psychothérapiques) seront appuyés sur l’expertise de l’INSERM dont les résultats seront disponibles à la fin de cette année. La nomenclature devra comporter la description de la technique de référence et de son déroulement, la durée moyenne des séances, leur fréquence, la durée prévisionnelle du traitement. L’ANAES (devenue la HAS) mettra alors en place une évaluation du suivi de ces recommandations. Par ailleurs, des informations devront être largement disponibles, en particulier sur les sites professionnels sanitaires et publics. »

À l’opposé de ce discours technocratique qui voudrait administrer les soins psychiques uniquement sur un mode managérial, InterCoPsychos promeut l'autonomie professionnelle des psychologues. C’est-à-dire la possibilité de travailler dans une orientation qui n’assigne pas un sujet à résidence dans un diagnostic réducteur, et des thérapies où la dimension subjective ne serait pas oubliée au profit d’une rééducation de comportements.

Ceci implique de disposer du temps et de l'espace nécessaire à ce que la rencontre avec le patient soit possible, et c’est donc ce sur quoi les collectifs mettent l’accent. Ils refusent un alignement de la pratique des psychologues sur les modèles utilisés pour les pathologies somatiques, ainsi que la tyrannie du chiffre et de l’évaluation qui donne la priorité au quantitatif.

D’autres part fait débat actuellement, au sein de la profession et entre les organisations, la question de la création d’un Ordre des psychologues sur le modèle de l’ordre des médecins, des infirmiers ou des kinésithérapeutes.

Bien sûr les psychologues n’opposent pas à ce projet une imaginaire autonomie statutaire hors de toute référence au contexte social, mais ils s’interrogent sur la nécessité de structurer leur profession sur le mode des corporations, avec un effet de doublon par rapport à l’administration de la santé, la justice civile et éventuellement pénale.

La reconnaissance de la profession que certains en attendent est inspirée par le souhait d’une unité qui lui donnerait consistance et visibilité dans le champ social.

Mais cette unité de la psychologie espérée depuis Daniel Lagache, qui s’en fit le promoteur, n’est-elle pas de plus en plus un mythe, face à des orientations et des pratiques divergentes.

D’autre part, cet ordre offrirait-t-il une garantie supérieure à celle du pouvoir judiciaire quant au sérieux et au respect des règles déontologiques ?

Enfin son but, si l’on s’en réfère au décret créant l’ordre des infirmiers pourrait-il être de faire en sorte que :  « En coordination avec la Haute autorité de santé, il participe à la diffusion des règles de bonnes pratiques auprès des professionnels et organise l'évaluation de ces pratiques. »
 (Loi n° 2006-1668 du 21 décembre 2006, article 4312-2 alinéa 5)

Voudrait-on nous imposer des bonnes pratiques, standardisées alors que nous sommes partisan d’une clinique au « un par un » ? Qu’est ce qu’une bonne pratique pour un psychologue ? Ne serait-il d’ailleurs pas plus pertinent de parler de praxis, c’est à dire de traitement du réel par le symbolique ?

Où serait alors, par rapport à ces pratiques standardisées, la singularité d’un sujet réduit à un homme sans qualités pour reprendre un titre de Robert Musil ?

Nous pouvons en fait avoir une idée de ces dites bonnes pratiques à partir de la vague évaluatrice qui réduit l’économique à la comptabilité, et la science au scientisme ambiant. Celui-ci  veut absolument rabattre ce qu’il en est du parlêtre sur son capital génétique, ses connexions neuronales ou ses comportements, dans une démarche réductrice à l’opposé de celle des vrais scientifiques.

Devant l’effacement des discours fondateurs, c’est en effet une idéologie scientiste et un économisme qui viendront étayer les décisions des politiques.

C’est ainsi que des différents lieux éducatifs ou de soins, publics, privés, associatifs, nous parviennent les échos d’une normalisation, au sens d’une réduction à un plus petit dénominateur commun.

Ici ou là ce sera par exemple l’obligation d’un diagnostic basé sur le DSM, la CIM10, ou bien une exigence sécuritaire sans mesure et non pas la vraie sécurité qui n’est pas dissociable d’une présence et d’un lien de parole.

A cette proposition d’un ordre, InterCoPsychos oppose donc le projet d’une charte, c’est-à-dire un texte qui serait l’œuvre de la profession elle-même.  Chacun serait libre d’y adhérer.

Alors que toute déontologie est avant tout porteuse d’une  dimension surmoïque, la charte mettrait l’accent sur la dimension éthique des actes professionnels d’un psychologue.

C’est donc cette option que nous défendons, à laquelle nous invitons les praticiens à s’associer, et s’ils le souhaitent à rejoindre nos collectifs.
 
Instantanés N°266
Écrit par Administrateur   
13-06-2008

Meeting à Bruxelles 


Touche pas à ma conduite, écoute d'abord ce qu'elle tait.

 
C'est le titre d'un appel lancé par de nombreuses associations belges qui tiennent demain, sous le même titre, un nouveau Meeting à Bruxelles.
 
Se référant au mouvement Pasde0deconduite ces praticiens de l'écoute appellent à la mobilisation pour que l'enfant ne soit pas réduit à la somme de ses déterminations bio-psycho-sociales.
 
A cette adresse : http://forumpsy-fr.blogspot.com/ vous lirez l'appel, pourrez le signer et prendrez connaissance des informations concernant ce Meeting.
 
Jean-François Cottes

 
Instantanés N°265
Écrit par Administrateur   
11-06-2008

Deux nouveaux meetings ce samedi.


L’un à Bordeaux intitulé « La psychanalyse avec la civilisation contre l’évaluation », vous en lirez le programme ci-dessous. Notre collègue Catherine Lacaze-Paule, Vice-Présidente d’InterCoPsychos et responsable du collectif de Bordeaux, ainsi que d’autres collègues du collectif, y interviendront.

L’autre à Colombes, en Région Parisienne, intitulé : Evaluations : gare à l’utopire.
Nathalie Georges, Présidente de l’Association des psychologues freudiens y interviendra.

Vous lirez aussi ci-dessous l’intervention de Thérèse Petitpierre au Meeting d’Angers, elle y fait le point sur l’action du collectif Pasde0deconduite et le relie au mouvement de résistance qui se fait jour face à la multiplication du fichage des enfants et des questionnaires les concernant.

Cette série de Meetings, qui n’est pas close, fait événement. Face au ravages de l’évaluation quantitative elle fait se rencontrer des personnes d’horizon divers qui voient leurs pratiques remises en cause et parfois menacées et, ce faisant, elle constitue un pôle décidé de résistance. Ce pôle de résistance qui se construit constitue un point d’appui précieux pour ceux qui refusent de voir leurs pratiques sabotées par une idéologie de la transparence et de l’utilité directe – tels de nombreux psychologues.

Jean-François Cottes
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Programme Meeting 14 juin 2008 14H00 à 19H00


« La psychanalyse avec la civilisation contre l’évaluation »

Maison cantonale de la Bastide
20, rue de Chateauneuf 33100 Bordeaux


I°) L’évaluation : comités ou citoyens ? Évaluateurs, politiques, psys,

Présidents de séance Catherine Lacaze-Paule et Carole Dewambrechies-La Sagna,

Discutant : Dominique Jammet
  • Introduction Carole Dewambrechies-La Sagna, directrice des forums ; Membre de l’Ecole de la Cause freudienne, école reconnue d’utilité publique
  • Michel Philippe, directeur du CCECQA (Comité de coordination de l'Evaluation Clinique et de la Qualité en Aquitaine), ancien Directeur de l’évaluation des stratégies de santé, Haute Autorité en Santé « Tout contre l’évaluation : de l’art et la manière de s’évaluer »
  • Geneviève Cloutour-Monribot, psychologue : association et collectifs InterCoPsychos
  • Stéphanie Morel-Adam, psychologue : association Psychologues freudiens
  • Jean-Pierre KLotz, psychanalyste, Président de l’APA (Association Psychanalytique Aquitania)
  • Guillaume Roy : étudiant en médecine, collaborateur à la revue Le diable probablement

II°) Enseigner, gouverner, psychanalyser ou évaluer ?

Discutant : Michel Grollier, Mohamed Baraké
  • Marie-José Grihom, psychologue, maître de conférences à l’université de Bordeaux et enseignante à l’Ecole Nationale de la Magistrature
  • Alain Ducousso-Lacaze, psychologue, Professeur en psychologie « Comment résister sans voir des barbares partout ? »
  • Martine Versel: maître de conférences en Information et communication (sémioticienne), à l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3 « Université sous chiffres à l’ère de l’économie de connaissance »

 III°) L’art et la moulinette à chiffres

Discutant : Dominique Fabre-Gaudry, Jeanine Sparbé,
  •  Pr Jean-Pierre Moussaron, professeur émérite de littérature française à l’université de Bordeaux 3 et ancien directeur au programme du collège international de philosophie
  •  Eric Chevance : directeur du TNT (Tout Nouveau Théâtre) de Bordeaux
  • Pierre Lajus : architecte : « Les architectes et la psychanalyse »
  • Christian Malaurie : poète, essayiste « La poésie comme pratique »

 IV°) De l’enfant prédictible à un monde prévisible

 Discutant : Rodolphe Adam, Philippe Cousty
  • Dr François Gonon, neurobiologiste au CNRS UMR 5227 Université Bordeaux 2 Evaluation du discours des Neurosciences face à la souffrance psychique
  • Syndicat national de la magistrature
  • Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat National de la Magistrature : « Les dérives de l’évaluation en matière pénale»
  • Ollivier Joulin, magistrat, vice-président du Syndicat National de la Magistrature « Juger les juges : les tests psychologiques au cœur du mécanisme de sélection-prédiction lors du recrutement »
  • Philippe La Sagna, psychanalyste, directeur du CPCT (centre psychanalytique de consultation et de traitement adolescents de Cenon) « Le CPCT ou la clinique de l’imprédictible »


Meeting samedi 14 juin
 

Évaluations : gare à l'utopire.

Samedi 14 juin à la Maison des Jeunes et de la Culture de Colombes
de 14 à 18 heures

L’ACF-IDF organise un meeting, avec le concours de la Section Clinique de Paris-Ile de France, du CPCT-ado, de la SARP, des Psychologues freudiens et de APCOF, le samedi 14 juin à la Maison des Jeunes et de la Culture de Colombes, de 14 à 18 heures, sous le titre,

Les intervenants seront Jean-Daniel Matet, Yasmine Grasser, Pierre Sidon, Nathalie Georges et Marie-Hélène Bigot, José Rambeau, Normand Chabot, Laurence Hemmler.

Mais aussi Dominique Klingler, universitaire; Pierre Zaoui, de la revue “Vacarme”; Anaëlle Lebovits et Martin Quenehren du “Diable probablement”, et Karin Albou, auteur du film “La petite Jérusalem”.

On peut se rendre à Colombes par le train en 15 minutes à partir de la gare Saint Lazare; il y a ensuite 10 minutes à pied.

La MJC se trouve au 96, rue Saint Denis à Colombes.


La cause des enfants : Pas de 0 de Conduite

Par Thérèse Petitpierre

 

Fin janvier  2006, l’appel « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » était lancé. Il débutait par ces mots :  « Le gouvernement prépare actuellement un plan de prévention de la délinquance qui prône notamment une détection très précoce des « troubles comportementaux » chez l’enfant, censés annoncer un parcours vers la délinquance. Dans ce contexte la récente expertise de l’INSERM, qui préconise le dépistage du « trouble des conduites » chez l’enfant dès le plus jeune âge, prend un relief tout particulier. »


Vous vous en souvenez sans doute : dans ce rapport, « les professionnels sont invités à repérer des facteurs de risque prénataux et périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Pour exemple sont évoqués à propos de jeunes enfants « des traits de caractère tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme » et la notion « d’héritabilité (génétique) du trouble des conduites ». Le rapport insiste sur le dépistage à 36 mois des signes suivants : « indocilité, hétéroagressivité, faible contrôle émotionnel, impulsivité, indice de moralité bas », etc. » Les signataires de l’appel  - et ils furent près de 200 000  - s’élevaient contre les risques de dérives des pratiques de soins, notamment psychiques, vers des fins normatives et de contrôle social et appelaient à un débat démocratique sur la prévention, la protection et les soins prodigués aux enfants, dans un esprit de clarté quant aux fonctions des divers acteurs du champ social (santé, éducation, justice…) et quant aux interrelations entre ces acteurs. »
 Le 16 juin 2006, à la veille du premier colloque organisé par le Collectif PasdeOdeConduite, le gouvernement faisait savoir qu’il renonçait à inclure le dépistage précoce des troubles du comportement chez l’enfant dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance.
Le collectif s’est constitué à l’origine sur la base du désir décidé  de professionnels exerçant dans le champ de la prévention et celui de la santé. Au dépistage prédictif et stigmatisant de signes, regroupés en troubles à neutraliser, il oppose une prévention ouverte, prévenante, basée sur la rencontre. Il s’est rapidement  enrichi de l’apport de professionnels d’autres champs, ceux de l’accueil de la petite enfance, de l’éducation, de la pédagogie et de la recherche  mais aussi d’associations de familles et d’autres organisations engagées  dans la défense des libertés. En effet, ce sont tous les champs d’interventions  des professionnels exerçant auprès des enfants qui se trouvent désormais exposés  au  risque de l’instrumentalisation.


Le savez-vous ?
 Début 2007 : la Fondation de la MGEN pour la santé publique lance une enquête dans les écoles primaires de Paris en partenariat avec l’Académie de Paris et le Service de santé scolaire de la ville de Paris. Des parents trouvent le questionnaire qui leur est destiné dans le cartable de leur enfant. Question 15 : « L’embrassez-vous ? » Un peu plus loin : « Fouillez-vous dans ses affaires ? » Question 24 : un membre de la famille « a-t-il déjà eu l’habitude de vérifier, compter ou nettoyer de façon répétitive ? »  Question 30 : « Au cours de l’année écoulée, combien de fois avez-vous eu besoin d’un petit verre pour pouvoir démarrer après avoir beaucoup bu la veille ? » La Fédération des Conseils de parents d’élèves de Paris et le collectif Pasde0deConduite dénoncent cette enquête pour son caractère intrusif et non respectueux de la vie privée, elle est stoppée  en mai 2007.
Mai 2008 : Le ministère de l’Education nationale lance une enquête auprès d’une petite centaine d’écoles primaires. L’objectif est  de mettre au point le dispositif qui sera utilisé en mai 2009 pour évaluer la maîtrise du langage et de la langue française des élèves en fin d’école primaire.
Des syndicats d’enseignants du département des Pyrénées atlantiques (le Se-UNSA et le SNUipp-FSU), notamment,  ont rapidement  dénoncé le contenu de la partie 4 de cette enquête qui incluait des questions comme celles-ci :  
"Es-tu né en France ?" "Ta mère est née en France ?" "Ton père est né en France" "Quelle langue parles- tu à la maison ?" "D’habitude qui vit avec toi à la maison ? a) ta mère b) une autre femme tenant le rôle de ta mère a) ton père b) un autre homme tenant le rôle de ton père ?"
Ces mêmes syndicats n’étaient pas sans noter la ressemblance de certaines de ces  questions avec celles  qui figuraient dans  la première version  du fichier  BASE ELEVES. Après des actions d’information à la presse et de protestation auprès du ministère exercées par  ces syndicats et  la fédération des parents d’élèves, dès le 22 mai, le ministère de l’Education décidait de retirer cette partie de l’enquête. Rappelons que sous la pression de nombreuses associations et syndicats, de pétitions de professionnels et de citoyens, ces questions concernant le pays et la langue d’origine ainsi que  la nationalité ont été retirées du fichier Base élèves. Cependant une forte opposition à ce fichier n’a pas fléchi : en effet, d’envergure nationale, il inclut  des données sensibles concernant les enfants et leurs familles, il est partageable au moins pour partie avec les maires des communes et l’anonymat des données peut être levé pour « raisons administratives ». La Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques vient, lors de son dernier congrès, d’adopter une motion demandant l’arrêt de la mise en œuvre de Base élèves, le réexamen du fichier SCONET (l’équivalent pour les élèves du 2nd degré), et elle exige l’ouverture d’un débat public sur tous les fichiers, centralisés ou non, concernant les enfants et les jeunes.

Ce n’est pas tout : au cours de la présente année scolaire 2007-2008, le ministère de l’Education nationale a lancé une enquête dont l’objectif principal affiché est d’étudier les parcours des élèves de la sixième à l’enseignement supérieur. Un échantillon “représentatif” constitué de 35 000 élèves entrés en classe de sixième en septembre 2007 a été sélectionné ; ils seront suivis et régulièrement évalués au cours des années à venir...

Dans le questionnaire destiné aux familles, on trouve ces questions :

    * Où êtes-vous né ? (France métropolitaine, DOM TOM ou étranger)
    * Dans quel pays êtes vous né ?
    * En quelle année êtes-vous arrivé en France ?
    * Quelle est votre nationalité ?
    * Si vous êtes devenu français, quelle était votre nationalité de naissance ?
    * Si vous êtes de nationalité étrangère, quelle est votre nationalité ?
    * En quelle langue parlez-vous habituellement avec vos enfants ?

D’autres questions concernent par exemple les revenus des parents ou des activités périscolaires que peuvent avoir les enfants. Le courrier accompagnant le questionnaire précise que « cette enquête a fait l’objet d’une déclaration à la CNIL qui a délivré un avis favorable. Elle a reçu le label d’intérêt général du Conseil National de l’Information Statistique et a un caractère obligatoire » [en gras dans le courrier !]

 L’enfant, quant à lui,  devra répondre à un « questionnaire […] au collège » dont « le contenu sera indépendant des programmes d’enseignement ».

La Fédération des Conseils de Parents d’élèves  de l’Ecole publique a adressé une lettre ouverte au ministère de l’Education et Mme Nicole Borvo, sénatrice,  s’est adressée au président de la CNIL en lui demandant des explications sur les raisons qui ont conduit la CNIL a donné un avis favorable à cette enquête.

Enfin, une grande enquête, dénommée « ELFE : grandir en France »*, est en cours d’expérimentation et devrait être généralisée en 2009. ELFE, pour Etude longitudinale française depuis l’enfance. Un communiqué de presse de septembre 2007 la présentait ainsi :

« Le projet Elfe consiste en la mise en place d’une cohorte, représentative au plan national, de 20000 enfants qui seront suivis de la naissance à l’âge adulte dans une approche pluridisciplinaire.

Cette étude longitudinale constituera une source unique de données permettant d’analyser le développement de l’enfant dans son milieu, avec le souci d’étudier les différents facteurs en interaction tout au long du parcours jusqu’à l’âge adulte (facteurs familiaux, sociaux, scolaires, comportementaux, environnementaux, sanitaires, nutritionnels...) et de comprendre l’impact des situations traversées durant l’enfance sur la santé, le développement physique, psychologique, social et professionnel des personnes. D’un point de vue épidémiologique, il sera notamment possible de mesurer des expositions cumulées à des conditions environnementales spécifiques, ainsi que les comportements année après année, et d’analyser leurs conséquences en termes d’inégalités sociales et de santé.

Seule une observation suivie (et non uniquement rétrospective) permet de repérer les étapes majeures de ces processus, de prendre en compte toutes ses dimensions et de mieux comprendre le sens des relations causales. »

Dans l’information à la presse qui accompagnait ce communiqué, il était indiqué : « Parallèlement, et c’est une originalité de ce projet, il sera possible de mettre en commun des informations émanant de sources diverses (caisses d’allocations familiales, assurance maladie...), de suivre les scolarités, d’établir des recoupements avec des informations environnementales sur la qualité de l’air et de l’eau grâce au codage géographique des adresses, et d’intégrer l’échantillon Elfe à d’autres études périodiques sur la santé des enfants. » On ne peut qu’être étonné de la quantité des facteurs concernés et cette possibilité de  « mise en commun des informations de sources diverses ». Sans être hostile à la nécessité pour la recherche en santé publique de recourir à des enquêtes à grande échelle dans certains domaines, ne faut-il pas s’interroger sur les présupposés et la finalité d’un tel projet ?

Nous en sommes là. Que les enfants puissent grandir sans la menace  de ce que j’appellerai un  « dossier à charges » prêt à se constituer à tout instant, ne devrait-il pas  être la règle ? Sigmund Freud, en son temps, a pu écrire qu’éduquer, soigner et gouverner étaient trois métiers impossibles. S’affronter au réel, à la complexité de l’humain et aux  questions que posent le devenir,  la santé et l’éducation des enfants nécessite d’autres moyens que ceux du dépistage prédictif, de la mise en fiches, en grilles et de la déduction pseudo-scientifique  de données statistiques. C’est ce que  Pasde0deConduite se voue à démontrer, non sans débattre, depuis sa création, par le biais de ses nombreuses interventions, interpellations, colloques et publications. En témoignait la richesse des interventions au colloque qu’il a organisé en novembre dernier à Paris sur le thème : « Enfants turbulents : L’enfer est-il pavé de bonnes préventions ? » Les actes de ce colloque viennent de paraître, sous le même titre,  aux éditions Erès.

Thérèse Petitpierre

* Sous l’égide de l’Ined, l’Inserm, l’InVS, l’Insee, la DEPP, la DREES, la DGS et la Cnaf.

Ined (Institut national d’études démographiques), Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), InVS (Institut de veille sanitaire), Insee (Institut national de la statistique et des études économiques), DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance : Ministère de l’Education nationale, et Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche), Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports, Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité, et Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique), DGS (Direction générale de la santé : Ministère de la santé, de la jeunesse et des sports), Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales).

Dernière mise à jour : ( 12-06-2008 )
 
Instantanés N°264
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06-06-2008

Vendredi 6 juin 2008

Un autre meeting ce samedi 7 juin à Montpellier 

 

Quelle civilisation pour demain ? Une société sans sujet ?
Noter, évaluer, surveiller… punir !


 Palais des congrès de 14H00 à 18H30.


Stella Harison, vice-président de l’association des psychologues freudiens et Jean-Paul Guillemoles, responsable du collectif InterCoPsychos de Montpellier y prendront notamment la parole. Renseignements : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir .

Jean-François Cottes

Dernière mise à jour : ( 06-06-2008 )
 
Instantanés N°263
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05-06-2008
jeudi 5 juin 2008

Un nouveau meeting ce samedi 7 juin, l’un à Strasbourg sous le titre : La psychanalyse menacée à l’Université : demain qui seront nos psys ? Les membres du collectif de Strasbourg en sont partie prenante. Isabelle Galland et Myriam Mitelman responsables du collectif y présentent une intervention.

Vous pourrez aussi lire ci-dessous le compte rendu du Meeting de Nice par Armelle Gaydon.

Jean-François Cottes

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La Psychanalyse menacée à l’université :

Demain, qui seront nos psys ?



Colloque au Palais Universitaire à Strasbourg


Salle Pasteur, samedi 7 juin 2008 de 14h à 17h



A quel psy pourrons-nous demain nous fier ? Technicien ou clinicien ? De quoi sa formation sera-t-elle la garantie ? Questions cruciales à l’heure où de nouvelles tendances s’imposent à l’université sans véritable concertation, mais avec une très claire relégation des sciences humaines, et notamment de la psychanalyse.

La psychopathologie laisse une place croissante aux modèles qui évaluent les problèmes avec des critères mesurables et qui proposent une solution valable pour tous. L’urgence et l’impératif de rentabilité immédiate font le succès de ces modèles qui fournissent un plan d’action indiscutable. Ainsi, aux aléas d’une relation de parole sont souvent préférées des méthodes qui offrent de mieux connaître sa personnalité, de mieux gérer ses émotions, de corriger son comportement, en référence à un  modèle de fonctionnement.

Mais jusqu’où les modèles valables pour tous conviennent-ils aux difficultés de chacun ?

Y a-t-il des alternatives aux modèles ? Il en existe au moins une du côté de la psychanalyse qui semble devenir indésirable à l’université. En effet, la spécificité de la psychanalyse tient au fait de n’avoir recours à aucun modèle. C’est pourquoi elle dérange, mais c’est aussi pourquoi elle est le contrepoids essentiel qui permet de maintenir la place du singulier à côté des approches se référant à l’universel.

Pour que cette dimension subsiste, il faut du courage :

•    le courage de considérer chaque problème humain non seulement sur le plan social, mais aussi comme un événement unique dont aucun modèle ne peut rendre compte,

•    le courage de dire que l’efficacité existe aussi et même surtout au cas par cas,

•    le courage de lever le nez au dessus des statistiques pour se fier aussi aux repères de la vie : l’anxiété, la peur, le plaisir, l’amour, le désir, la jouissance…

Ne serait-il pas souhaitable que les psys de demain puissent rencontrer le désir de se confronter dignement à l’intime de la vie ?

La psychopathologie de demain doit-elle être restreinte à ce qui est vérifiable pour tous ou doit-elle laisser une place au singulier, invérifiable et non quantifiable ? Quels sont les risques de chaque alternative ?

A tous ceux qui enseignent et qui sont enseignés dans le domaine psy, à tous ceux qui se sentent concernés, ce colloque offre une tribune pour répondre.

Sous l’égide de l’Ecole de la Cause freudienne (reconnue d’utilité publique), de l’Association de la Cause freudienne – Est, du Collège psychanalytique de l’Est, de la Section clinique de Strasbourg, de la Fondation du Champ freudien et de ses groupes (CEREDA, Clip-Médecine), d’ InterCoPsychos et des Psychologues freudiens.

www.psychanalyse67.com

Aux armes ! et cœtera !

Armelle Gaydon

« Contre la mise aux normes et le formatage, pour la clinique du sujet et la création », le Meeting organisé le 10 mai à Nice a réuni près de 250 personnes. En présence de la presse, se sont mobilisés ceux qui résistent, qui s’opposent aux « bien-pensants de la même chose », comme disait le peintre Jean-Pierre Pincemin, aux promoteurs de l’évaluation généralisée, devenue le maître-mot de notre quotidien. En effet, l’arbitraire de la norme et du chiffre s’étend désormais à tous les domaines, envahissant insidieusement les secteurs où la subjectivité s’exprime : éducation, recherche, justice, santé, art…

Philippe De Georges a rappelé que ce combat n’est pas le premier que nous menons : en 2003, déjà, contre le formatage du champ psy, puis récemment, avec le mouvement PasdeOdeconduite pour les enfants de moins de trois ans, les psychanalystes avaient participé à un vaste mouvement pour faire reculer des projets qui, sous couverts de traiter des problèmes sociaux, organisaient un flicage en règle des populations.

Mais pourquoi les psychanalystes sont-ils réfractaires à l’évaluation ? « La matière de la psychanalyse, c’est la vie, pas celle que le savant dissèque, mais celle dont une personne peut témoigner par la parole et qui permet de construire une vie », a rappelé Philippe De Georges en introduction. « Une part essentielle de ce qui se dit, c’est la répétition, l’éternel retour du même. Ce qui rend possible le changement, c’est au contraire l’inattendu, la surprise, l’inespéré, l’inouï, l’inattendu – soit la contingence», a-t-il ajouté.

« Accueillons l’aléatoire et l’improbable, car c’est cela qui fait coupure, qui permet la liberté et la création. »
Philippe De Georges, psychanalyste

Voilà pourquoi les artistes, créateurs, juges, universitaires, éducateurs ou psychanalystes refusent les grilles d’évaluation et les carcans administratifs, où règnent les petits hommes gris qui peuplent les ministères.

Isabelle This, professeur d’économie à Paris et membre de « Sauvons la recherche » est venue comme elle l’avait fait à Paris, exposer l’entreprise de formatage en cours dans la Recherche et l’Université française, sommées de faire la preuve de leur utilité sociale et de leur rentabilité économique. L’artiste et universitaire Franck Renucci a prolongé son propos en montrant comment « les imposteurs incompétents de l’évaluation contrôlent le formatage en cours » : dans les textes récents de réforme de l’enseignement et de la recherche, « s’effectue un glissement des valeurs symboliques vers le chiffrage ». Au prétexte de dégager des prétendues « valeurs communes » il s’agit toujours de faire accepter les valeurs managériales de performance et d’efficacité économiques, et leur mesure par l’évaluation.

Anne Juranville, professeur de psychologie clinique à Nice, à partir de l’actualité artistique et d’œuvres de militantes féministes, a souligné la folie de l’époque, qui, quand elle prétend tout régir de l’humain, témoigne d’une vision extrémiste et totalitaire dont on peut se demander ce qui l’emporte, de son cynisme, ou de son aspect borné. « Cette utopie, fondée sur l’impérialisme phalliciste de l’Un, requiert un sujet anonyme, réduit au machinisme de la pulsion, désubjectivé, apte à faire tourner la grande machine du monde ». Face au « tout est possible » du discours scientiste, la seule réponse c’est d’opposer l’impossible, au sens du réel. Seule l’incomplétude du pas-tout peut, comme un grain de sable, venir enrayer la machine.

« La volonté de maîtrise est un fantasme, voire un délire. C’est le ratage qui est la vérité du sujet »
Anne Juranville, Professeur de Psychologie clinique

L’ancien Doyen de la faculté de droit de Nice Robert Charvin, ainsi que le juge des enfants Côme Jacqmin ont donné une illustration concrète de cette utopie. Robert Charvin a rappelé que le modèle de référence est aujourd’hui celui de « l’entreprise-providence ». Son modèle techniciste de recherche de la performance s’applique partout, y compris dans l’enseignement supérieur, dans le droit ou dans les rapports sociaux. Il s’agit d’obtenir de chaque individu qu’il adhère, qu’il consente à ce modèle, ce qui ne s’obtient plus par la loi, mais par le contrat, promu fallacieusement comme étant l’apogée de la liberté… Le juge pour enfants Côme Jacqmin, s’interrogeant sur la mission de la justice, constitutionnellement garante des libertés, s’est pour sa part demandé combien de temps serait préservée « la part du doute dans l’acte de juger ». Il a estimé qu’il ne saurait être question de se soustraire à une demande d’évaluation formulée démocratiquement. Mais comment mesurer la qualité des décisions de justice et l’indépendance des juges, qui est ce à quoi ils tiennent le plus ?

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes, inévitables et lisses comme une patinoire »
Nicole Caligaris, écrivain, « l’os du doute »

Enfin, puisque « l’artiste toujours précède le psychanalyste »[1] et même, lui fraye la voie, le reste de l’après-midi a laissé place à la littérature et à la poésie, à la sculpture, à l’inattendu. Bernard Pagès est venu présenter un film consacré à son travail de sculpteur, belle démonstration de l’incommensurable singularité du geste créateur. Puis la rediffusion d’une mise en scène radiophonique a permis au public de découvrir l’extraordinaire « Os du doute » de Nicole Caligaris[2], une satyre particulièrement virulente sur l’aliénation contemporaine à idéologie managériale. La salle s’est ensuite transportée dans l’aventure d’une rencontre avec le peintre surgi du brouillard que l’écrivain Maryline Desbiolles arrache à l’oubli dans « Les draps du peintre »[3], son dernier roman. Le poète Pierre Le Pillouer rebondissait avec un poème en « Sphère », portant avec humour le feu du fer des mots dans les visions trop carrées qui régissent le monde de l’édition, les rares cénacles abritant encore des poètes étant désormais eux aussi sommés d’user des mots étranges des managers.

 « Je ne veux pas faire la sieste, je veux m’endormir de tout mon cœur dans la nuit de l’histoire, et connaître sa boiterie sans nom… »
Maryline Desbiolles, écrivain, « Les draps du peintre »

Sans doute comptera-t-on d’ailleurs parmi les créateurs les psychanalystes qui ont conclu cette rencontre sur l’écoute du sujet, la réinvention de la psychanalyse, la création des CPCT, et ces incomparables solutions qu’inventent les sujets qui sont leurs patients pour se soutenir dans l’existence. Irréductibles, intraitables, psychanalystes et créateurs démontrent que ce par quoi ils se laissent surprendre, ce ne sont ni les grilles, ni les tarifications, évaluations, et autres quantifications - mais bien par le sujet, ses surprises et son invention.
Dernière mise à jour : ( 06-06-2008 )
 
Instantanés N°262
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22-05-2008

jeudi 22 mai 2008
 
Comme nous vous l’avons annoncé samedi aura lieu à Nantes un meeting.
 
Le même jour un autre meeting se tiendra à Corte sous le titre :
 

Pour que vive la psychanalyse
Un printemps lacanien 

 
Des membres du collectif InterCoPsychos de Corse y interviendront.
 
Jean-François Cottes

Dernière mise à jour : ( 22-05-2008 )
 
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22-05-2008

Mercredi 21 mai  2008


C’est autour de Nantes de tenir samedi prochain un meeting intitulé : Guerre dans la civilisation La psychanalyse face aux défis de nos sociétés démocratiques au XXIème siècle.

Notre ami Michel Normand, responsable du collectif Loire Atlantique Vendée y prendra la parole.

Avec cette série de meeting se dessine le réseau de la résistance à l’idéologie de la quantification massive et aveugle.

Un par un,  des praticiens de disciplines diverses, des chercheurs, des universitaires, des citoyens engagés dans des associations, disent les menaces et les ravages de cette idéologie appliquée mais aussi témoignent des effets de leur prise de position, de leur façon de faire avec, de leur trouvailles et inventions afin de ménager l’espace nécessaire à leur action.

Les psychologues confrontés toujours plus à cette idéologie peuvent en  prendre de la graine.
 
Jean-François Cottes

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GUERRE DANS LA CIVILISATION

 

La psychanalyse face aux défis
de nos sociétés démocratiques au XXIe siècle

 

MEETING

 

Samedi 24 mai 2008 - de 13h30 à 19h

Amphithéâtre du Centre des Salorges – 44105 Nantes

 

PROGRAMME


Cinq séquences d’une heure, ponctuées de quatre impromptus théâtraux de Ionesco par Christophe Rouxel.

Ouverture du meeting par Jean-Louis Gault

PREMIÈRE SÉQUENCE -13h45 à 14h35
■ Michel Normand : « Un hommage à la machine cognitive : ça déraille ! »
■ Analie Pourtier : « Devenir psychologue clinicienne d’orientation psychanalytique »
■ Claire Nétillard : « Être psychologue clinicienne en prison : une pratique sous le coup
de la loi pénale »
■ Catherine Héry-Chauvet : « Hôpital : évaluation, protocole, clinique »

DEUXIÈME SÉQUENCE - 14h45 à 15h50
■ Rachel Bocher : « La psychiatrie post-moderne (le DSM) et la disparition de la clinique »
■ Guy Rousseau : « Introduction d’un nouveau management dans le médico-social »
■ Philippe David : « Rentabilité économique et clinique soignante »

TROISIÈME SÉQUENCE - 16h à 16h50
■ Dominique Raimbourg : député de Loire-Atlantique
■ Michel Saint-Jean : « Ceinturé, corseté, flagellé : le savoir étouffé »
■ Gilles Chatenay : « Déchiffrer le chiffre »

QUATRIÈME SÉQUENCE - 17h à 17h50
■ Éric Zuliani : « Le management, nouveau masque du pouvoir »
■ Patrick Cottin : « J'ai droit au bonheur »
■ Céline Éouzan : « L’évaluation dans le champ du travail : la distribution forcée »

CINQUIÈME SÉQUENCE - 18h à 19h
■ Michelle Meunier : conseillère générale de Loire-Atlantique
■ Joël Gaubert : « Malaise dans la civilisation psychologique »
■ François Leguil : « Les mirages du chiffre, entre l’idéal de la précision
et les leurres de l’exactitude »

Pour le comité d'organisation,
Remi Lestien
7, rue des Martyrs, 44100 Nantes
tel 02 40 70 44 76
06 08 93 13 79

 

Dernière mise à jour : ( 22-05-2008 )
 
Instantanés N°260
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16-05-2008

Jeudi 15 mai  2008

Samedi 17 mai

auront lieu deux nouveaux meetings qui prolongent le Meeting de la Mutualité des 9 et 10 février dernier organisé par le Forum des psys

 

A Marseille sous le titre : Quelle liberté pour le sujet à l’époque de la folie quantitative ?

 

A Toulouse sous le titre : Il faut défendre les libertés. Compté, mesuré, codé, standardisé, contrôlé : comment vivre au XXIème siècle ?


Les collectifs InterCoPsychos participent à ces meetings et y apportent leur contribution.

Les psychologues qui veulent protéger leurs pratiques de la dictature du chiffre y trouveront un point d’appui précieux.

Jean-François Cottes

 


 

 

Dernière mise à jour : ( 16-05-2008 )
 
Instantanés N°259
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07-05-2008
Mercredi 7 mai 2008
 

Le psychologue en service de médecine. Les mots du corps paru il y a peu chez Masson et réalisé sous la direction de Caroline Doucet Maître de Conférences en Psychopathologie fait déjà référence. Les abonnés de la liste de diffusion d’InterCoPsychos connaissent Caroline Doucet qui nous a donné l’an dernier un texte remarquable sur l’enseignement de la psychopathologie à l’Université. Ils connaissent aussi plusieurs des co-auteurs de cet ouvrage, dont Catherine Lacaze-Paule, Rodolphe Adam et Dominique Jammet.

L’ACF-Aquitania donne la parole à ces auteurs pour présenter leur ouvrage avec la participation du Professeur Didier Sicard président d’honneur du comité consultatif national d’éthique qui a préfacé l’ouvrage.

A la suite de l’annonce de cette manifestation vous lirez un texte de Christiane Alberti Maître de Conférence au département de psychanalyse de Paris VIII à propos de cet ouvrage.

 
Jean-François Cottes

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L'ACF-Aquitania organise une rencontre-débat
autour du livre « le psychologue en service de médecine »

 
 

A partir de cette question « Qu'en est-il de la place et du rôle des psychologues cliniciens à l'hôpital général ? », des psychologues exerçant dans différents services de médecine rendent compte du quotidien de leur pratique, et de la dimension éthique qui oriente cette pratique lorsque le psychologue fait sien l'apport de la psychanalyse.

Les  malheurs du corps moderne, les nouvelles techniques de la science, et la subjectivité actuelle de nos contemporains convoquent dans la médecine des savoirs et savoirs faire nouveaux. PMA, néonatologie, cancer, vieillissement, handicap, douleur, dépression... sont autant de questions qui résistent souvent à une approche par des protocoles  et poussent à l'invention d'une pratique sans cesse  renouvelée, pour le patient, le médecin et le psychologue. C'est de cela que nous aurons à débattre ensemble.

Mardi 27 mai 2008

à 15h
Salle de réunion de la galette administrative
Hôpital Pellegrin, Bordeaux
 
 
sont invités :
Le Professeur Didier Sicard, Président d'Honneur du Comité Consultatif National d'Ethique, qui a préfacé l'ouvrage,
Caroline Doucet, Maître de conférences en psychopathologie à l'Université de Rennes II, directrice du l'ouvrage
Rodolphe Adam, Dominique Jammet et Catherine Lacaze-Paule, psychologues à Bordeaux et co-auteurs du livre.
 
avec la participation de Alain Ducousso-Lacaze, Maître de conférences en psychologie à l'Université de Bordeaux II, Carole Dewambrechies-La Sagna et d'Alain Merlet, psychiatres et psychanalystes à Bordeaux.
 
Une large place sera donnée à un débat avec la salle autour des questions traitées dans ce livre.
 
Renseignements : 05 56 94 78 55 ou 05 56 84 03 47

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Pragmatique paradoxale

Par Chrisitiane Alberti
Maître de conférences en psychologie Paris VIII
 
Caroline Doucet (sous la dir.), Le psychologue en service de médecine. Les mots du corps, Paris, Masson, 2008, 166 pages, 24 €.

Ce petit volume est une formidable contribution à la pragmatique de la psychanalyse. Fidèle à son engagement à soutenir la nécessité de s'adresser aux gens de médecine, Caroline Doucet, y a réuni onze témoignages de psychologues exerçant dans différentes unités hospitalières : A. Abelhauser (hématologie, médecine interne) R.Adam (psychiatrie de liaison), N. Bendrihen (psycho-oncologie) J. Borie (pédopsychiatrie de liaison), V. Comparin-Ainard (soins palliatifs), C. Doucet (lutte contre la douleur et soins palliatifs), D. Jammet (médecine interne et maladies infectieuses), C. Lacaze-Paule (rééducation fonctionnelle), A.Lévy (dépistage du virus du sida), M.L Tourenq (hospitalisation à domicile), C. Valette (services pour personnes âgées dépendantes).
Ces praticiens de la parole prennent résolument rang dans le discours hospitalier contemporain, car ils ont à dire sur la clinique des malheurs du corps. Ils y investissent les apports de la psychanalyse d’orientation lacanienne pour dialoguer avec les soignants d’aujourd’hui. Surtout, ils disent ici très concrètement « sans arsenal ni pharmacie » (François Regnault), comment ils se débrouillent au quotidien avec les demandes on ne peut plus diverses, insensées parfois, qui leur sont adressées par les partenaires du soin. Jamais ils ne se dérobent à cet appel . Leur réponse nécessite au contraire de mobiliser un savoir précis, de faire des propositions, de soulever des hypothèses avec le souci de se faire entendre pour faire équipe avec d'autres. Répondre, oui, mais de  façon décalée, toujours par le biais du symptôme. Rétifs à enfiler la blouse du donneur de leçon ou celle de l'expert en psy-médicale, ils témoignent d'un savoir y faire pour répondre à l'illusion de la prise de conscience, aux mirages de la compréhension ou encore au  projet tout abstrait de tout assumer y compris la mort, opérant ainsi un passage de l'illusion du tout dire au régime d'un dire qui cible la cause, celui d'un certain silence aussi bien, en quoi ils ont du tact et de la discrétion.
Très instruits des spécificités cliniques, techniques et politiques du domaine médical concerné, les auteurs nous relatent comment ils se mêlent à leur façon des effets de cette médecine scientifique, sans jamais jeter l'anathème sur la réalité hospitalière, ni se délecter du malaise ambiant lié aux objectifs de spécialisation, de rentabilité, d’efficacité. Face à l’effacement de la parole nourri par l'incursion obligatoire de la technique, leur propos n’est jamais nostalgique des idéaux de la médecine d’antan. Les auteurs prennent la chose autrement. Il sont résolument modernes. Le style de leur intervention est enlevé, personnel, léger, ce qui n'est pas sans mérite vu le tragique de ce dont il s’agit en ces lieux. 
Voici des praticiens, « praticiens des couloirs » ose François Ansermet dans sa postface, qui relatent comment ils rencontrent ceux qui ne l'ont pas désiré. Il s'agit pour chacun d'essayer de dégager le point à partir duquel est reçue, interprétée, déformée, la parole du médecin ou des soignants afin de ménager une marge de manœuvre subjective, afin de retrouver ce qui du plus intime de notre être semble s'estomper devant l'apparente suprématie des faits. C’est au moment même où le hasard semble récuser la vie-même, qu’il importe de démêler, interroger, discuter sa vie. Le réveil subjectif atteste, précisément là, de l'effectivité de l'inconscient dans la chair même. Bien au-delà d'un supplément d'âme, comme le souligne Didier Sicard dans sa préface, ce sont les conditions d’une expérience de parole, marquée du sceau de la vérité, que ces psychologues préservent au cœur des pratiques hospitalières.

 
Annonce spéciale
Écrit par Administrateur   
12-02-2008

Intervention de Monsieur Robert Hue 

 

Robert HUE                                                                            Paris, la Mutualité
Sénateur                                                                               Le 10 févier 2008
Président de la Fondation Gabriel Péri                  
 
 
 
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
 
 

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Jacques-Alain Miller à participer à cette rencontre. Pour une raison simple : mon engagement politique rejoint votre discipline, depuis toujours, dans le souci de l’émancipation de l’homme, de sa « désaliénation ».

Or, après une période faste d’extension des libertés individuelles, d’accroissement du niveau de vie général, de démocratisation de l’enseignement supérieur et de progrès de la protection sociale, cette émancipation est de plus en plus menacée, comme en témoignent notamment les attaques répétées contre l’enseignement de la psychanalyse au profit du cognitivisme.

Cette remise en cause est éminemment politique. Elle l’est au sens large, c’est-à-dire d’un choix de société. À ce propos, j’ouvre une courte parenthèse pour évoquer la violente campagne de dénigrement de la psychanalyse à laquelle s’est livrée le Parti communiste durant la Guerre froide, au nom, précisément, d’un choix de société. Le rapport des communistes à cette discipline était, à la fois, de fascination et de répulsion, et surtout de malentendus.

Le renouveau de la psychanalyse venait alors des États-Unis, où s’étaient exilés quelques-uns des grands théoriciens d’Europe, et son courant majoritaire proposait une interprétation particulière du plaisir, qui en faisait, selon lui, un facteur d’harmonie sociale. Les conflits de toutes sortes – entre époux, voisins, ouvriers et patrons – se voyaient ainsi réduits à une utilisation négative de l’agressivité, à un écart désagréable du moi, auxquels l’intervention du thérapeute allait mettre fin. Il n’en fallait pas plus pour stigmatiser la psychanalyse comme véhiculant des valeurs « paternalistes », « bourgeoises », et « individualistes » destinées à « anesthésier la lutte des classes ». L’intérêt de Louis Althusser pour la lecture lacanienne des théories de Freud mit heureusement fin à cette période, et le dialogue entre communistes et psychanalystes put reprendre.

 

Jacques-Alain Miller a récemment déclaré, dans un entretien à Libération, que s’il lui fallait choisir entre l’évaluation et le marché, il préfèrerait encore le marché. Je serais tenté de dire qu’il aurait alors les deux. Le second ne va pas sans la première ; ils sont intimement, structurellement liés. La « culture du résultat » constitue désormais le quotidien des salariés – et même maintenant des ministres – : leur activité est jaugée en permanence, et de manière le plus souvent chiffrée. Les ressources humaines évaluent les compétences, les performances et le « potentiel » de chacun. Le marché capitaliste, en ce qu’il promeut et se soumet au primat du quantitatif, a besoin, entre autres, de cette évaluation pour maîtriser les hommes.

La dernière phase de mutation du capitalisme, débutée dans les années soixante-dix, est désormais bien connue. La dénonciation de sa déconnexion de l’économie réelle, qui engendre quotidiennement tragédies sociales et souffrances multiples, est parfaitement fondée.

Mais cette description demeure partielle. La financiarisation du capitalisme, au-delà du fonctionnement purement économique, a encore renforcé le poids de son « discours », au sens lacanien. Permettez que je cite à ce propos la tribune du psychanalyste Pierre Bruno dans L’Humanité du 14 avril 2001 : « Le discours capitaliste, au sens de Lacan, n’est pas une somme d’énoncés, mais un lien social – un rapport social, disons, pour le lecteur plus familier de Marx. Ce qui caractérise ce discours, et le singularise à l’égard de tout autre, est, dit Lacan en 1972, je cite, “d’exclure la castration”. Il fait ainsi accroire au prolétaire, dépouillé de tout, qu’il peut, grâce au fonctionnement du système, s’enrichir jusqu’à pouvoir jouir de tout. Un tel discours relève d’un impératif quasi sadien, affiché ou masqué : “Tu peux jouir de tout en écrasant ton semblable, sachant que ton semblable peut jouir de tout en t’écrasant…” ». Fin de citation.

La logique quantificatrice est bien la logique même du capitalisme tel qu’il a évolué après la Seconde Guerre mondiale. Elle fonde tout à la fois une nouvelle conception de la production et de son pendant consommatoire.

Au niveau de la production, à la différence du taylorisme, et pour reprendre les formules du jargon contemporain du « management », la « mobilisation de l’intelligence » et celle du « savoir-être », qui inclut les compétences comportementales et relationnelles, sont considérées comme des facteurs-clés du développement de la productivité. En référence aux sciences cognitives, l’intelligence est tenue pour un simple mécanisme de traitement de l’information à optimiser selon les besoins de l’entreprise. Les sensations, les sentiments, les valeurs, sont pris en compte dans cette même logique qui résume l’homme au travail à une mécanique qu’on pourrait maîtriser et manipuler à loisir. L’une des facettes de la mutation du capitalisme s’exprime dans sa tendance à réduire les individus à des producteurs, et ces producteurs à des machines dont les paramètres de gestion peuvent être totalement connus et maîtrisés. L’entretien psychologique dans le cadre d’un bilan de compétence est un parfait exemple de l’instrumentation des savoirs psy par le marché, en l’occurrence celui du travail. 

Mais la production croissante à l’infini s’étoufferait elle-même sans une consommation idoine. Le philosophe Bernard Stiegler a montré comment le capitalisme a progressivement pris en compte l’évaluation et la canalisation des affects pour soutenir, voire augmenter la consommation de biens. Il décrit ainsi concrètement le fonctionnement du discours du capitaliste tel que Lacan l’avait formalisé : « Aujourd’hui, dans les sociétés de modulation que sont les sociétés de contrôle, les armes esthétiques sont devenues essentielles : il s’agit de contrôler ces technologies de l’esthétique que sont par exemple l’audiovisuel ou le numérique, et, à travers ce contrôle des technologies, il s’agit de contrôler les temps de conscience et d’inconscience des corps et des âmes qui les habitent. ».

L’efficacité des techniques quantificatives pour gérer nos flux psychiques aboutit ainsi à une situation digne du Meilleur des Mondes : ceux dont l’exploitation fonde le système ne le pérennisent pas seulement en tant que producteurs, mais aussi en tant que consommateurs aux désirs suggérés qui en deviennent les promoteurs inconscients. Voilà la socialité qu’est en train de construire le dogme de l’évaluation : une sorte de nouvelle servitude volontaire, fièrement proclamée par le slogan de Nicolas Sarkozy, « travailler plus pour gagner plus » auquel on pourrait ajouter, dans un souci de véracité, « pour consommer plus ».

Si, en tant qu’idéologie dominante, « l’esprit du capitalisme a en principe la capacité de pénétrer l’ensemble des représentations mentales propres à une époque donnée, d’infiltrer les discours politiques et syndicaux, de fournir des représentations légitimes et des schémas de pensée aux journalistes et aux chercheurs, si bien que sa présence est à la fois diffuse et générale », comme l’écrivent avec raison les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello, la résistance dans laquelle, vous, psychanalystes, êtes entrés voilà deux ans a toutes les chances, à mon avis, de durer.

Pour contrer cette hégémonie qui infiltre tout et ouvrir d’autres perspectives que la généralisation de cette « culture de l’évaluation », de ce « nouvel esprit du capitalisme », il faut que psychanalystes et politiques progressistes prennent conscience de la convergence de leurs combats. À ce titre, peut-être serait-il profitable de réfléchir sur la place de la psychanalyse dans le dispositif de santé publique, afin d’en élargir l’accès au plus grand nombre. Car la souffrance psychique concerne l’ensemble des couches sociales, et les plus fragiles sont aussi les plus touchées par les transformations du monde du travail et les nouvelles techniques de marketing que j’évoquais à l’instant.

Convergence de combat, disais-je, mais aussi de sujet, puisque comme l’écrit Jean-Claude Milner dans son Lacan et la science moderne, je cite : « Le sujet de la psychanalyse est le sujet forclos de la science », c’est-à-dire le sujet qui échappe par essence à l’action de la science, et en particulier à cette grimace de science qu’est la culture de l’évaluation. Ce sujet, c’est, en des mots simples, l’être de l’être humain, l’humanité de l’humain. C’est donc aussi le sujet d’une politique de progrès, et c’est pourquoi vous pouvez, dans votre lutte contre cette culture de l’évaluation, contre ce qu’elle sert, compter sur le progressiste que je suis.

 

Dernière mise à jour : ( 12-02-2008 )
 
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